Hommage de Mgr Cador au pape François

Sur le point de rejoindre Rome pour participer aux obsèques qui y seront célébrées ce 25 avril, Mgr Grégoire Cador nous partage quelques moments-clés du pontificat du pape François.
Notre bien-aimé pape François est mort en ce lundi de Pâques. Pape des pauvres, des migrants et de toutes les « périphéries », comme il aimait les appeler. « Serviteur des serviteurs de Dieu », réformateur soucieux d’unité, il a voulu mener jusqu’au bout une vie sobre et simple, au service de l’Évangile et à l’écoute du projet de Dieu.
Pape de la proximité, il nous a rejoints dans nos difficultés, nos épreuves et nos doutes. Pape de la fraternité universelle, il a marqué durablement nos engagements de chrétiens.
Pour honorer sa mémoire, je vous propose de parcourir ensemble, comme un album de famille, quelques moments-clés de son ministère. Avec gratitude, souvenons-nous…
Souvenons-nous du 13 mars 2013. Dès le deuxième jour du conclave, la fumée blanche s’élève dans le ciel romain. Quelques instants plus tard, Jorge Mario Bergoglio, parfait inconnu de la plupart d’entre nous, apparaît à la loggia de Saint-Pierre. Il est jésuite, argentin « venu du bout du monde », il choisit le prénom de « François », le saint des pauvres et des exclus. Se présentant comme évêque de Rome, avant de bénir la foule, il demande à son peuple de prier « pour que la bénédiction de Dieu descende d’abord sur lui. »
« Miserando atque eligendo » est sa devise : c’est en nous enveloppant de sa miséricorde que Dieu nous appelle ! À la fois choisis et pardonnés, nous devenons capables d’annoncer l’œuvre de Dieu.
Souvenons-nous du 8 juillet 2013. Pape depuis quelques mois, François entrait dans le port de Lampedusa, en Italie, à bord d'une vedette des garde-côtes. Depuis la petite île sicilienne, terre promise pour des milliers de migrants à la recherche d’une vie meilleure, il dénonce la « mondialisation de l’indifférence » et appelle à la conversion des cœurs.
Souvenons-nous de son voyage au Proche-Orient en mai 2014. Sur cette terre sainte aux yeux des trois grandes traditions monothéistes, il ouvre de nouveaux chemins d’écoute, de dialogue et de respect. À son retour, souvenons-nous de la rencontre de prière au Vatican avec Mahmoud Abbas, Shimon Peres et le patriarche Bartholomée, « pour que la parole qui nous fait nous rencontrer soit toujours « frère », et que le style de notre vie devienne : shalom, paix, salam ! » Lors d’un voyage en Irak en 2021, il insistera : « Si Dieu est le Dieu de la vie – et il l’est –, il ne nous est pas permis de tuer nos frères en son nom. Si Dieu est le Dieu de la paix – et il l’est – il ne nous est pas permis de faire la guerre en son nom. Si Dieu est le Dieu de l’amour – et il l’est –, il ne nous est pas permis de haïr nos frères. »
Souvenons-nous de son combat incessant pour la justice et la vérité dans la lutte contre la pédocriminalité et les abus de toutes sortes commis au sein de notre Église. Nous ne le remercierons jamais assez d’avoir eu ce courage-là.
Souvenons-nous, à l’été 2015, de la parution de l’encyclique Laudato Sì. Prônant une écologie intégrale, elle réveille la conscience de tous face aux questions environnementales et sociales.
Souvenons-nous, en mars 2020, de sa prière solitaire sur la place Saint-Pierre, en notre nom à tous, et de sa splendide méditation sur la tempête apaisée.
Souvenons-nous de Fratelli Tutti, encyclique parue à l’automne 2020 sur le thème de la fraternité « qui surmonte les barrières de la géographie et de l’espace ». Hommes et femmes de ce monde sont enfants d’un même Père. À temps et à contretemps, François nous l’aura rappelé avec force et douceur.
Souvenons-nous, à l’été 2022, de Desiderio desideravi manifestant son profond désir de beauté liturgique et de voir « l’Église élever, dans la variété de tant de langues, une seule et même prière capable d’exprimer son unité ».
Souvenons-nous des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Rio, de Cracovie, de Panama et de Lisbonne. Souvenons-nous des jeunes de nos paroisses, de nos diocèses et de nos pays qui s’y sont rassemblés. Cette jeunesse n’est pas l’Église de demain, elle est la jeunesse de l’Église d’aujourd’hui. Merci, pape François, du regard de confiance, d’amour et d’espérance que tu as porté sur tous ces jeunes.
Souvenons-nous de son amour de la Vierge Marie et de ses fréquentes visites à Sainte-Marie-Majeure où il a choisi que son corps « repose dans l’attente du jour de la résurrection ».
Souvenons-nous de ses récents voyages à Marseille et à Ajaccio. Alors que la fatigue et la maladie l’affaiblissaient, il nous a donné la joie de l’accueillir à deux reprises chez nous, en France !
Souvenons-nous de ce jubilé de l’espérance ouvert dans la nuit de Noël dernier. Poussant les lourdes portes de la basilique Saint-Pierre, François nous invitait, catholiques du monde entier, à une année particulière de prière, de fraternité… et de marche !
Merci, François de n’avoir jamais cessé de marcher avec nous. Comme Jésus ressuscité sur la route d’Emmaüs, « ouvrant nos yeux à l’intelligence des Écritures et rompant le pain dans nos auberges », tu as enflammé nos cœurs et fait de nous des pèlerins d’espérance. Puisses-tu continuer à nous indiquer le chemin !
Très fraternellement,
+ Grégoire
Évêque de Coutances et Avranches